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Retraités : l'article 3 du projet de budget 2027 menace-t-il votre exonération de taxe foncière ?

Le projet de budget 2027 plafonnerait à 3 000 € l'abattement de 10 % sur les pensions. Seul ou en couple, votre exonération de taxe foncière n'est pas en jeu.

Florent de Veritaxe · 7 octobre 2026 · Mis à jour le 8 octobre 2026

Le projet de budget 2027 touche les retraités par son article 3, qui propose de plafonner à 3 000 euros l'abattement de 10 % sur les pensions. Un revenu imposable plus élevé, c'est un revenu fiscal de référence plus élevé, et c'est ce revenu qui ouvre l'exonération de taxe foncière des plus de 75 ans et le dégrèvement de 100 euros des 65-75 ans. La question se pose donc. Pour une personne seule ou un couple, la réponse est non. Au-delà, il existe quelques cas limites, et nous les avons cherchés.

La réponse courte

L'article 3 ne mord vraiment qu'autour de 30 000 euros de pensions par foyer. Les avantages de taxe foncière liés à l'âge s'arrêtent bien avant pour une personne seule ou un couple : jusqu'à deux parts, aucun bénéficiaire actuel ne peut les perdre à cause de l'article 3. À partir de deux parts et demie, des cas limites existent, sur des bandes de quelques centaines d'euros de pensions. Et tout cela reste un projet, débattu jusqu'au vote.

Ce que changerait l'article 3

Les pensions de retraite bénéficient d'un abattement de 10 % avant d'être imposées, avec un minimum de 454 euros par pensionné et un plafond commun à tout le foyer : 4 439 euros pour les revenus de 2025, selon l'article 158 du code général des impôts. Le projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, déposé le 1er octobre 2026, ajoute un sous-plafond propre aux pensions de retraite : l'abattement serait limité à « 3 000 € au maximum au titre des pensions de retraites ».

Comme l'abattement est de 10 %, le nouveau plafond mord pour l'essentiel au-delà de 30 000 euros de pensions pour le foyer. Un peu avant parfois, quand l'un des conjoints touche une très petite pension et bénéficie du minimum de 454 euros. L'évaluation préalable du projet le dit avec prudence : la réforme serait « sans effet ou non significative » pour les foyers qui perçoivent moins d'environ 30 000 euros de pensions par an. Elle en chiffre la portée à 4,6 millions de foyers (Évaluations préalables du projet de loi de finances pour 2027, article 3, octobre 2026), un tiers des 13,4 millions de foyers qui touchent une pension de retraite.

Pour eux, l'effet porterait sur l'impôt sur le revenu. Une personne seule qui perçoit 35 000 euros de pensions déduisait 3 500 euros ; elle n'en déduirait plus que 3 000, soit 500 euros de revenu imposable en plus. Un couple qui en perçoit 45 000 euros atteignait le plafond de 4 439 euros ; il perdrait 1 439 euros d'abattement, en raisonnant sur le plafond actuel, qui sera lui-même revalorisé.

Ce que l'exonération de taxe foncière regarde

Deux avantages de taxe foncière dépendent de l'âge et du revenu. L'article 1391 exonère l'immeuble habité par les redevables de plus de 75 ans au 1er janvier, l'article 1391 B accorde un dégrèvement d'office de 100 euros sur l'habitation principale de ceux de 65 à 75 ans. Le I de l'article 1417 fixe leur plafond de revenu : en métropole,

12 793 euros (Code général des impôts, article 1417, I, version du 1er juillet 2026, 2026)

de revenu fiscal de référence pour la première part, majorés de 3 416 euros par demi-part supplémentaire. Le revenu retenu est celui de l'année précédant l'imposition.

Ce revenu fiscal de référence n'est pas les pensions moins 10 %. Il tient aussi compte de l'abattement des plus de 65 ans de l'article 157 bis : 2 822 euros si le revenu net ne dépasse pas 17 670 euros, 1 411 euros jusqu'à 28 430 euros, doublé pour un couple dont les deux conjoints ont plus de 65 ans. Tous les bénéficiaires de ces deux avantages ont plus de 65 ans, et cet abattement rapproche leurs pensions des 30 000 euros.

Nos explications sur les droits des retraités détaillent ces dispositifs et ce qu'il faut vérifier sur l'avis.

Où les deux seuils se croisent

Nous avons calculé, pour un foyer qui ne vit que de ses pensions, toutes les situations où il reste sous le plafond aujourd'hui et le dépasserait avec l'article 3 : pensions de 10 000 à 45 000 euros, toutes les répartitions entre conjoints, un ou deux conjoints de plus de 65 ans, avec le minimum de 454 euros et l'abattement de l'article 157 bis. Montants en vigueur pour 2026.

FoyerPlafond de l'article 1417, IFoyers qui perdraient l'avantage
Personne seule, 1 part12 793 €aucun
Personne seule avec une demi-part, 1,5 part16 209 €aucun
Couple, 2 parts19 625 €aucun
2,5 parts23 041 €quelques cas, entre environ 27 500 et 29 200 € de pensions
3 parts26 457 €quelques cas, entre environ 30 900 et 32 000 € de pensions
3,5 parts29 873 €quelques cas, entre environ 32 900 et 33 600 € de pensions

Ces fourchettes recouvrent toutes les répartitions : pour un foyer donné, la zone touchée ne fait que quelques centaines d'euros de pensions. Les demi-parts supplémentaires des retraités viennent le plus souvent d'une invalidité ou de la qualité d'ancien combattant (article 195 du code général des impôts) : ces foyers existent, et ce sont eux qui ont intérêt à regarder leur revenu fiscal de référence de près en 2027.

Pour les plus de 75 ans qui perdraient ainsi l'exonération, l'article 1391 prévoit un maintien : exonération les deux années suivant la dernière année où l'on y avait droit, puis abattement de deux tiers de la valeur locative la troisième année et d'un tiers la quatrième. Le dégrèvement de 100 euros des 65-75 ans ne prévoit rien de tel.

Avec d'autres revenus que les pensions, le constat ne change pas de sens : les pensions qui restent sous le plafond sont encore plus faibles.

Le plafonnement à 50 %, un cas très théorique

L'article 1391 B ter prévoit un troisième dispositif : la fraction de taxe foncière de la résidence principale qui dépasse 50 % des revenus est dégrevée, sur demande, sous un plafond plus élevé, celui du II de l'article 1417 : 30 083 euros pour une personne seule, 42 645 euros pour un couple.

L'article 3 peut faire sortir de ce plafond des foyers qui en sont tout près. Mais à ce niveau de revenu, le plafonnement ne rapporte quelque chose que si la taxe foncière de la résidence principale dépasse la moitié des revenus : plus de 15 000 euros par an pour une personne seule, plus de 21 000 euros pour un couple. Les cas concernés sont vraisemblablement très rares.

À partir de quand

Si le texte est voté en l'état, l'abattement plafonné s'appliquerait aux revenus de 2026, déclarés au printemps 2027, selon l'évaluation préalable du projet. Comme les avantages de taxe foncière regardent les revenus de l'année précédente, c'est la taxe foncière 2027 qui serait la première concernée, pas celle de 2028.

Les plafonds de l'article 1417 applicables en 2027 ne sont pas encore connus. Ils suivent chaque année la limite supérieure de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu, et le projet propose de relever cette tranche de 11 600 à 11 844 euros, soit 2,1 %. Si c'est voté, les plafonds monteront de 2,1 % alors que le sous-plafond resterait à 3 000 euros : les deux seuils se rapprocheraient légèrement. Nous avons refait le calcul avec ces montants : jusqu'à deux parts, toujours aucun cas.

Les plafonds 2027 qui circulent, et ceux qu'on obtient

Si le barème est voté avec ses 2,1 %, le plafond de l'exonération de la taxe foncière 2027 serait d'environ 13 062 euros de revenu fiscal de référence pour une part, et de 3 488 euros par demi-part supplémentaire. C'est le plafond en vigueur, 12 793 et 3 416 euros, relevé de 2,1 % et arrondi à l'euro. Rien de cela n'est officiel avant le vote de la loi de finances.

FoyerPlafond 2026, en vigueurPlafond 2027, si +2,1 % voté
1 part12 793 €environ 13 062 €
1,5 part16 209 €environ 16 550 €
Couple, 2 parts19 625 €environ 20 038 €
2,5 parts23 041 €environ 23 526 €
3 parts26 457 €environ 27 014 €

D'autres montants circulent en octobre 2026, repris de site en site sous le titre « un retraité sous ce nouveau seuil ne paiera plus la taxe foncière en 2027 ». Le plus repris, 12 945 euros pour une part et 19 860 euros pour un couple, part des plafonds de l'an dernier, 12 679 euros et 3 386 euros par demi-part, relevés de 2,1 % : 12 679 euros relevés de 2,1 % donnent bien 12 945 euros. Il manque donc la revalorisation déjà intervenue en 2026. Un autre, 13 049 euros, applique 2 % au lieu de 2,1 %. Un retraité dont le revenu fiscal de référence tombe entre 12 945 et environ 13 062 euros lirait à tort qu'il dépasse le seuil.

Ce qui reste à surveiller

Le projet sera débattu et amendé jusqu'au vote, attendu avant la fin de l'année. Un sous-plafond fixé plus bas, à 2 000 euros par exemple, ferait mordre la mesure dès 20 000 euros de pensions, au niveau des plafonds d'un couple. Un tel scénario changerait la réponse, comme une suppression pure et simple de l'abattement, et cet article serait alors mis à jour.

Le revenu fiscal de référence commande aussi d'autres seuils que la taxe foncière, comme le taux de CSG sur les pensions. Ce site ne traite que de la taxe foncière.

L'erreur classique

Lire « retraités » et « exonération » dans la même phrase et conclure que le budget s'attaque à l'exonération. Le projet ne modifie aucun des articles qui l'accordent : ce que le budget 2027 contient en matière de taxe foncière tient en quelques lignes. L'exonération dépend de votre âge au 1er janvier, de votre revenu fiscal de référence et des conditions d'occupation du logement ; si vous y avez droit et qu'elle manque sur votre avis, c'est une réclamation qui la rétablit, et les exonérations de taxe foncière disent lesquelles s'appliquent d'office.

Questions fréquentes

Le budget 2027 supprime-t-il l'exonération de taxe foncière des retraités ?

Non. Le projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, ne modifie ni l'exonération des plus de 75 ans (article 1391 du code général des impôts), ni le dégrèvement de 100 euros des 65-75 ans (article 1391 B), ni le montant de leur plafond de revenu (article 1417, dont il ne retouche que la formule d'indexation). Son article 3 propose de plafonner à 3 000 euros l'abattement de 10 % sur les pensions, ce qui relèverait le revenu fiscal de référence de certains retraités. Pour une personne seule ou un couple sans demi-part supplémentaire, cela ne peut faire perdre aucun de ces deux avantages.

Qui serait concerné par le plafonnement à 3 000 euros de l'abattement sur les pensions ?

Surtout les foyers dont les pensions de retraite dépassent environ 30 000 euros par an, puisque l'abattement est de 10 %. D'après l'évaluation préalable du projet de loi, la réforme toucherait 4,6 millions de foyers, un tiers des 13,4 millions de foyers qui perçoivent une pension de retraite, et serait « sans effet ou non significative » en dessous d'environ 30 000 euros de pensions. Elle s'appliquerait aux revenus de 2026, déclarés en 2027, si elle est votée.

Un foyer avec des demi-parts supplémentaires peut-il perdre son exonération ?

Dans des cas limites, oui. À partir de deux parts et demie, le plafond de revenu de l'article 1417 est assez haut pour qu'un foyer encore exonéré perçoive près de 30 000 euros de pensions. Avec les montants en vigueur, nous trouvons des foyers touchés sur des bandes de quelques centaines d'euros de pensions, entre environ 27 500 et 33 600 euros selon le nombre de parts, la répartition des pensions et l'âge des conjoints. Pour les plus de 75 ans, l'article 1391 prévoit alors un maintien dégressif sur quatre ans.

À partir de quelle taxe foncière l'article 3 jouerait-il ?

La taxe foncière 2027. Les avantages liés à l'âge regardent les revenus de l'année précédant l'imposition, donc les revenus de 2026 pour la taxe foncière 2027. L'évaluation préalable du projet indique que la mesure s'appliquerait à compter de l'imposition des revenus de 2026. Ce serait donc la première taxe foncière concernée, si le texte est voté en l'état.

Les plafonds de revenu pour l'exonération de 2027 sont-ils déjà connus ?

Non. Les montants de l'article 1417 suivent chaque année la limite supérieure de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu, et le projet propose de relever cette tranche de 2,1 %. Le barème ne sera fixé qu'au vote de la loi. En vigueur aujourd'hui : 12 793 euros de revenu fiscal de référence pour une part, majorés de 3 416 euros par demi-part supplémentaire. Relevés de 2,1 %, ils donneraient environ 13 062 euros pour une part et 20 038 euros pour un couple ; le montant de 12 945 euros qui circule applique ces 2,1 % aux plafonds de l'an dernier.

Et sur votre avis à vous ?

La théorie, c'est fait. Cherchez maintenant votre commune dans l'observatoire, vérifiez vos droits à exonération, et bientôt : le recalcul complet de votre avis.