VERITAXE

Pétition contre une hausse de taxe foncière : ce qu'elle peut obtenir

Un dixième des électeurs d'une commune peut demander une consultation sur le taux de taxe foncière. Le conseil peut refuser, et le vote n'est qu'un avis.

Florent de Veritaxe · 1 octobre 2026

Dans une commune,

un dixième des électeurs inscrits (Code général des collectivités territoriales, article L. 1112-16, 2026)

peut demander que le conseil municipal inscrive à son ordre du jour l'organisation d'une consultation sur une affaire relevant de sa décision. Le taux de taxe foncière, que le conseil municipal vote chaque année, en fait partie. Ce levier est plus étroit qu'il n'y paraît : le conseil municipal peut refuser, et le vote des électeurs n'est qu'un avis.

La réponse courte

Une pétition n'annule pas un taux de taxe foncière déjà voté. Signée par un dixième des électeurs inscrits de la commune, elle oblige le maire à informer le conseil municipal de la demande de consultation. Le conseil municipal décide seul d'organiser cette consultation, et le résultat d'une consultation des électeurs n'est qu'un avis.

Ce que la loi appelle une pétition

L'article L. 1112-16 du code général des collectivités territoriales ne parle pas de pétition mais de demande. Il décrit deux demandes que les électeurs d'une commune peuvent porter, avec le même seuil d'un dixième des inscrits.

Demander une consultation. Une consultation des électeurs est un vote par oui ou par non sur une décision que la commune envisage de prendre. Les électeurs demandent que son organisation soit inscrite à l'ordre du jour du conseil municipal.

Demander une délibération. Depuis 2022, les électeurs peuvent aussi saisir la commune d'une affaire relevant de sa compétence, pour inviter le conseil municipal à se prononcer dans un sens déterminé. Le texte précise que la décision de délibérer appartient au conseil municipal.

Dans les deux cas, la demande est adressée au maire, qui en accuse réception et en informe le conseil municipal à la première séance qui suit. Chaque trimestre, un électeur ne peut signer qu'une seule demande de consultation auprès de la même collectivité.

QUI DÉCIDE, UNE FOIS LA PÉTITION SIGNÉE ?1 sur 10électeurs inscrits de la communepour porter la demande1. LES ÉLECTEURS DEMANDENTLe maire en informe le conseil à la séance suivante.2. LE CONSEIL MUNICIPAL DÉCIDE SEULIl organise la consultation, ou il la refuse.3. LE VOTE N'EST QU'UN AVISLe conseil arrête ensuite sa décision.Articles L. 1112-16, L. 1112-17 et L. 1112-20 du code général des collectivités territoriales.

Trois outils, et le conseil municipal décide à chaque fois

Le code distingue la consultation des électeurs du référendum local. Un référendum local est un vote dont le résultat vaut décision. C'est le conseil municipal qui décide de l'organiser.

OutilQui peut le déclencherQui décide de l'organiserPortée du vote
Demande de consultation (article L. 1112-16, I)un dixième des électeurs inscritsle conseil municipalun avis
Demande de délibération (article L. 1112-16, II)un dixième des électeurs inscritsle conseil municipal décide de délibérer ou nonpas de vote des électeurs
Référendum local (articles LO 1112-1 et LO 1112-2)le conseil municipal, ou le maire qui le lui proposele conseil municipalune décision, sous conditions

Le projet soumis à référendum local est adopté si la moitié au moins des électeurs inscrits a pris part au scrutin et s'il réunit la majorité des suffrages exprimés (article LO 1112-7 du code général des collectivités territoriales). Les articles LO 1112-1 et LO 1112-2 du même code confient l'initiative du référendum local au conseil municipal, et au maire pour les actes qui relèvent de lui : ils ne prévoient aucune initiative des électeurs.

Ce que ça donne dans votre commune

Le seuil se compte en électeurs inscrits sur les listes électorales de la commune, pas en habitants ni en propriétaires. Dans une commune de 8 000 électeurs inscrits, il faut 800 signatures d'électeurs de la commune. Le nombre d'inscrits de votre commune figure dans les résultats officiels du dernier scrutin.

Deux conséquences pratiques en découlent. Une signature n'entre dans le seuil que si elle vient d'un électeur inscrit dans la commune, et le texte ne dit rien de la forme des signatures. Et le propriétaire d'une résidence secondaire, qui paie la taxe foncière sans voter sur place, n'entre pas dans le calcul.

Avant de signer, vérifiez qui a voté la hausse. En 2026,

92 intercommunalités (DGCL, taux votés par les EPCI arrêtés au 31 juillet, 2026)

ont relevé leur taux de taxe foncière, pour 2,76 millions d'habitants. Dans ces territoires, la mairie n'y est souvent pour rien, et c'est à l'ordre du jour du conseil de l'intercommunalité que la consultation se demande : l'article L. 5211-49 du code général des collectivités territoriales prévoit le même seuil d'un dixième, compté sur les électeurs inscrits de toutes les communes membres. La fiche de votre commune dans l'observatoire dit, en haut de page, ce que le conseil municipal et l'intercommunalité ont chacun voté.

Le calendrier joue contre la pétition

Les avis de taxe foncière arrivent à la fin de l'été. Le taux, lui, est fixé depuis le printemps. Les collectivités font connaître leurs décisions de taux aux services fiscaux avant le 15 avril de chaque année. L'année du renouvellement des conseils municipaux, cette date est reportée au

30 avril (Code général des impôts, article 1639 A, 2026)

pour les conseils concernés : c'était le cas en 2026.

Une pétition lancée à l'automne, quand les avis sont dans les boîtes aux lettres, arrive donc environ cinq mois après cette date. Elle porte, en pratique, sur le taux de l'année suivante, qui sera voté au printemps 2027.

La consultation elle-même prend du temps. La délibération qui l'organise est transmise au préfet deux mois au moins avant la date du scrutin (article L. 1112-17 du code général des collectivités territoriales). Et une commune ne peut pas organiser de consultation à compter du premier jour du sixième mois précédant le mois du renouvellement général de son conseil (articles L. 1112-21 et LO 1112-6 du même code).

Ce qui ne marche pas

Attendre de la consultation qu'elle s'impose. La délibération qui organise une consultation des électeurs indique expressément que cette consultation n'est qu'une demande d'avis. Après avoir pris connaissance du résultat, l'autorité compétente arrête sa décision (article L. 1112-20 du code général des collectivités territoriales). Un conseil municipal peut maintenir son taux après un vote défavorable.

Réclamer auprès des impôts contre le taux. Le centre des finances publiques applique le taux voté, et le niveau d'un taux régulièrement adopté ne se discute pas par réclamation. Ce qui se conteste, c'est une erreur sur votre propre base d'imposition. Contester sa taxe foncière détaille ce qui relève d'une réclamation.

Plaider que la hausse est trop forte. Le plafond que fixe l'article 1636 B septies du code général des impôts porte sur le niveau du taux. Le taux de taxe foncière voté par une commune ne peut pas dépasser

deux fois et demie (Code général des impôts, article 1636 B septies, 2026)

le taux moyen constaté l'année précédente dans les communes du département, ou deux fois et demie le taux moyen national s'il est plus élevé. Pour une commune membre d'une intercommunalité à fiscalité propre, ce plafond est réduit du taux appliqué l'année précédente par l'intercommunalité. Tant que le taux voté reste sous ce plafond, cet article n'offre pas d'argument contre la hausse.

L'erreur classique

Citer l'ancien seuil. Jusqu'au 23 février 2022, l'article L. 1112-16 exigeait un cinquième des électeurs inscrits dans une commune, et chaque électeur ne pouvait signer qu'une demande par an. La loi du 21 février 2022 a ramené le seuil à un dixième et la limite à une demande par trimestre. L'ancien chiffre circule encore dans le débat local.

Un cas réel donne la mesure de ce que la démarche peut changer. Biganos, en Gironde (code INSEE 33051), a porté son taux communal de

24,98 % à 34,98 % (DGCL, taux votés par les communes arrêtés au 31 juillet, 2026)

pour 2026. Ce taux figure sur les avis reçus à la fin de l'été. Une demande de consultation qui réunirait un dixième des électeurs de Biganos serait portée devant le conseil municipal, qui déciderait de l'organiser ou non, et le vote éventuel donnerait un avis sur un taux futur. Elle ne changerait pas le montant de l'avis 2026. L'article sur la hausse de Biganos donne les chiffres.

Ce qui fait vraiment bouger un taux

Le taux de taxe foncière est arrêté une fois par an, par un vote du conseil municipal et un vote du conseil de l'intercommunalité, notifiés aux services fiscaux au printemps. C'est avant ce vote que la question se pose utilement, pas à la réception de l'avis.

Pour savoir où en est votre commune, la page des communes qui ont augmenté leur taux en 2026 explique où regarder, et qui a augmenté votre taxe foncière sépare ce qui vient de la commune, de l'intercommunalité et de la revalorisation nationale des bases.

Questions fréquentes

Une pétition peut-elle annuler une hausse de taxe foncière ?

Non. Une pétition n'annule pas un taux de taxe foncière voté par un conseil municipal. Signée par un dixième des électeurs inscrits de la commune, elle permet de demander l'inscription d'une consultation des électeurs à l'ordre du jour du conseil municipal (article L. 1112-16 du code général des collectivités territoriales). Le conseil municipal décide seul d'organiser cette consultation, et son résultat n'est qu'un avis.

Combien de signatures faut-il pour demander une consultation sur le taux de taxe foncière ?

Dans une commune, un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales, d'après l'article L. 1112-16 du code général des collectivités territoriales dans sa version en vigueur depuis le 23 février 2022. Le seuil était d'un cinquième auparavant. Pour une intercommunalité, l'article L. 5211-49 du même code demande un dixième des électeurs inscrits des communes membres.

Le conseil municipal est-il obligé d'organiser la consultation demandée par pétition ?

Non. Le maire accuse réception de la demande et en informe le conseil municipal à la première séance qui suit. La décision d'organiser la consultation appartient au conseil municipal, d'après l'article L. 1112-16 du code général des collectivités territoriales. Le conseil peut donc refuser.

Le résultat d'une consultation des électeurs s'impose-t-il au maire ?

Non. La délibération qui organise une consultation des électeurs indique expressément que cette consultation n'est qu'une demande d'avis (article L. 1112-17 du code général des collectivités territoriales). Après avoir pris connaissance du résultat, l'autorité compétente arrête sa décision (article L. 1112-20). Le référendum local, lui, vaut décision si la moitié au moins des électeurs inscrits a pris part au scrutin (article LO 1112-7), mais les textes n'en donnent pas l'initiative aux électeurs.

Une pétition peut-elle faire baisser le taux de l'avis de taxe foncière 2026 ?

Non. Le taux qui figure sur l'avis 2026 a été notifié aux services fiscaux au printemps 2026 : les collectivités font connaître leurs décisions de taux avant le 15 avril, date reportée au 30 avril pour les conseils municipaux l'année de leur renouvellement, ce qui était le cas en 2026 (article 1639 A du code général des impôts). Une pétition lancée à l'automne porte donc, en pratique, sur le taux de 2027.

Les propriétaires de résidences secondaires peuvent-ils signer ?

Seulement s'ils sont inscrits sur les listes électorales de la commune. Le seuil d'un dixième se compte en électeurs inscrits, pas en propriétaires ni en habitants. Un propriétaire qui paie la taxe foncière dans une commune où il n'est pas électeur ne compte pas dans ce seuil.

Et si la hausse vient de l'intercommunalité ?

La demande vise alors l'intercommunalité, pas la mairie. Un dixième des électeurs inscrits des communes membres peut demander l'inscription d'une consultation à l'ordre du jour du conseil communautaire (article L. 5211-49 du code général des collectivités territoriales). La décision d'organiser la consultation appartient au conseil communautaire, et la consultation n'est, là aussi, qu'une demande d'avis.

Et sur votre avis à vous ?

La théorie, c'est fait. Cherchez maintenant votre commune dans l'observatoire, vérifiez vos droits à exonération, et bientôt : le recalcul complet de votre avis.